Histoires de Cépages : Le Chasan
Il y a des cépages qui remplissent les verres.Et puis il y a ceux qui remplissent les conversations. Le chassan, lui, fait partie d'une troisième catégorie. Celle des cépages qu'on croise presque par hasard, au détour d'une bouteille, avant de se demander : mais pourquoi je n'en ai jamais entendu parler ?. J'adore ces rencontres-là. Elles ont quelque chose des vieux disques trouvés chez Emmaüs ou des petits restaurants sans enseigne. Personne ne les met en avant, personne ne fait la queue devant. Et pourtant...Il suffit d'une gorgée. Et quelque chose s'allume.
Il y a quelques semaines, je tombe sur un vin élaboré avec du Chasan. Le premier nez m'a surpris. Des fleurs blanches, une pêche encore un peu ferme. Une touche d'amande fraîche.
Puis cette sensation presque crémeuse, comme une noisette écrasée dans une brioche tiède. Pas un vin démonstratif, pas un vin bodybuildé, juste un vin qui parle doucement.Comme ces gens qui n'ont jamais besoin de hausser la voix pour qu'on les écoute.
Le chasan est un cépage blanc rare, cultivé presque exclusivement dans le sud de la France.On le retrouve surtout dans l'Hérault et quelques secteurs du Languedoc.Il produit des vins généreux, souvent ronds, avec une belle matière, mais qui gardent suffisamment de fraîcheur pour éviter toute lourdeur.J'y retrouve souvent des notes de poire, de pêche blanche, de fleurs d'acacia, parfois un soupçon de miel et cette petite amertume finale qui donne immédiatement envie d'y revenir. C'est un peu comme finir un morceau de comté de vingt-quatre mois avec une poignée d'amandes grillées. Ça s'arrête, mais le goût continue.
Ce qui me fascine surtout, c'est son histoire.Le chassan est un cépage relativement récent. Il est né en 1958 grâce aux travaux du célèbre ampélographe français Paul Truel, à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Montpellier. Son objectif était simple : créer un cépage capable de produire des vins de qualité tout en étant mieux adapté aux conditions climatiques méditerranéennes.
Le chasan est le résultat d'un croisement entre le chardonnay et le listán, un ancien cépage espagnol également connu sous le nom de palomino fino dans certaines régions.
Du chardonnay, il hérite de son élégance, de sa capacité à produire des vins fins et complexes.Du listán, il reçoit une belle résistance à la sécheresse et une aptitude à bien mûrir sous le soleil du Sud. L'idée était brillante.Le succès commercial, beaucoup moins.Le chassan n'a jamais vraiment connu la gloire de ses parents.Peut-être parce qu'il est arrivé à une époque où le marché recherchait déjà des noms connus.Ou peut-être parce que certains cépages sont condamnés à rester des secrets.Et, entre nous...Ce n'est pas si mal.
Aujourd'hui, le chasan reste confidentiel.On le rencontre dans quelques IGP Pays d'Oc, parfois en Vin de France, plus rarement dans certains assemblages du Languedoc où quelques vignerons passionnés continuent de le défendre. Ils pourraient planter du Chardonnay. Ils choisissent le chasan.Rien que ce geste raconte déjà quelque chose. J'aime les cépages qui résistent au climat. Ceux qui ne cherchent pas à devenir des stars.On vit dans un monde où tout doit être spectaculaire.Le vin aussi, il faut des notes sur 100, des étiquettes qui claquent, des cuvées introuvables. Des bouteilles à poster sur Instagram avant même de les ouvrir.
Le chasan fait exactement l'inverse. Il arrive discrètement, il s'assoit à table.Et il attend qu'on prenne le temps.Finalement, c'est peut-être ça, le luxe aujourd'hui.Prendre le temps d'écouter un vin.Si un jour vous tombez sur une bouteille de chasan...Ne l'achetez pas parce qu'elle est rare.Achetez-la parce qu'elle vous intrigue.Les plus belles découvertes commencent souvent par une simple question.
« Tiens... c'est quoi, ça ? »Et parfois, c'est exactement comme ça que naissent les grands souvenirs.
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