Histoires de Domaine : Terre des Dames

Il y a des domaines que l’on découvre avant même d’y avoir posé les pieds.
Terre des Dames est de ceux-là.
À Murviel-lès-Béziers, dans l’arrière-pays de Béziers, un ancien mas du XVIIIᵉ siècle regarde ses vignes. De petites parcelles, des murets anciens, de la garrigue sauvage. Un paysage qui semble avoir appris la patience.
Et puis il y a une femme. Lidewij van Wilgen. Née aux Pays-Bas, elle travaillait dans la publicité à Amsterdam avant de changer de vie. En 2002, elle quitte cet univers pour rejoindre le Languedoc, avec une envie qui paraît finalement assez simple : le vin, la nature, quelque chose de plus vrai. Elle se forme ensuite à la viticulture et à l’œnologie et prend les rênes de Terre des Dames.
Ce qui me plaît dans cette histoire, c’est qu’elle ne ressemble pas à celle d’une personne qui aurait simplement acheté un domaine.
Elle ressemble davantage à celle de quelqu’un qui a choisi une autre façon de vivre.
Aujourd’hui, Terre des Dames compte environ 14 hectares de vignes. Certaines ont 50, 70 ans, et la plus vieille approche le siècle. Les parcelles ont conservé leur structure ancienne, avec leurs différents niveaux, leurs murets et cette garrigue qui les entoure.
Ici, le vivant n’est pas un argument marketing posé sur une étiquette.
Il semble être le point de départ.
Pas de pesticides ni d’engrais de synthèse. Un enherbement naturel une grande partie de l’année. Des rendements volontairement faibles, autour de 25 hectolitres par hectare. Et surtout, des raisins récoltés et triés à la main. Le domaine est certifié biologique depuis 2009.
Mais ce qui m’attire surtout chez Terre des Dames, c’est cette volonté de ne pas opposer puissance et finesse.
Le Languedoc peut être solaire, généreux, méditerranéen. Pourtant, les vins du domaine cherchent autre chose que la simple démonstration de maturité. Le domaine parle de vins concentrés, purs et frais, avec cette volonté de faire dialoguer intensité, originalité, finesse et élégance.
Et cela se raconte particulièrement bien dans les bouteilles.
La Dame, avec son assemblage de Grenache, Carignan et Syrah, porte quelque chose de profondément languedocien : le fruit, les épices, la garrigue, mais aussi une fraîcheur qui vient alléger l'ensemble.
Puis il y a La Diva.
Une cuvée plus singulière, construite autour de Syrah et de Grenache, avec notamment une petite proportion d’Alicante issue d’une vigne centenaire. Une vigne qui produit peu, mais qui semble avoir beaucoup à raconter.
Et puis il y a ce Grenache Blanc qui me donne particulièrement envie de m'arrêter.
Un cépage que Lidewij van Wilgen semble avoir apprivoisé avec une vraie personnalité. Certaines parcelles sont associées à des fossiles d’huîtres, et les cuvées blanches cherchent cette tension minérale, cette fraîcheur persistante, loin de l’image parfois lourde que l’on peut avoir de certains blancs méditerranéens.
Même le rosé raconte cette envie de sortir des cases.
Le Rosé Amphore est élevé en amphore de grès, avec une recherche assumée de minéralité et d’expression du fruit. Un rosé pensé pour la table, pas simplement pour accompagner quelques glaçons sur une terrasse.
C’est peut-être finalement cela qui me touche le plus dans Terre des Dames.
Je n’ai pas encore parcouru les vignes. Je n’ai pas encore entendu le bruit des vendanges au petit matin, ni senti l’odeur du chai, ni serré la main de Lidewij autour d’une bouteille.
Alors je ne vais pas faire semblant.
Mais à travers son histoire, ses vins et la philosophie du domaine, quelque chose se dessine.
Une femme venue d’ailleurs qui a choisi le Languedoc.
Des vieilles vignes auxquelles on laisse le temps.
Des sols que l’on cherche davantage à accompagner qu’à contraindre.
Et des bouteilles qui semblent vouloir raconter autre chose que leur seule puissance.
Terre des Dames porte finalement assez bien son nom.
Parce qu’au-delà de la terre, il y a une histoire de femmes, de transmission et de choix. Les trois filles de Lidewij ont grandi au domaine et y restent impliquées, faisant doucement entrer la notion de transmission dans cette aventure commencée en 2002.
Et peut-être qu’un domaine, au fond, c’est exactement cela.
Une terre que l’on reçoit.
Une terre que l’on transforme un peu.
Puis une terre que l’on transmet.

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