L'histoire du Bloody Mary


Un verre rouge. Épaisse. Un peu louche. Et pourtant… indispensable.
Le Bloody Mary, c’est le seul cocktail qui ressemble à un plat. Ou l’inverse.
Un truc qu’on boit à midi sans honte, avec des lunettes de soleil sur le nez et la gueule encore froissée de la veille. Un cocktail qui pique, qui réveille, qui soigne. Un cocktail qui ne cherche pas à séduire tout le monde.
Et c’est exactement pour ça que je l’aime.

Je suis attablé à un café un dimanche midi. Table en bois brut. Odeurs de café noir, de bacon, de pain grillé.
Quelqu’un commande un Bloody Mary. Le serveur ne sourit même pas.
Il hoche la tête. Comme si c’était une évidence.

Un peu d’histoire (promis, pas chiant):

Retour en arrière,Paris. Années 1920 au Harry’s New York Bar. Oui, Paris. Pas New York. Comme souvent avec les légendes. Un barman américain exilé, Fernand “Pete” Petiot, commence à mélanger vodka et jus de tomate. À l’époque, la vodka est encore une étrangère en Europe.
Le mélange surprend, intrigue, dérange un peu.
Plus tard, Petiot part à New York, au King Cole Bar du St. Regis Hôtel. Il affine la recette. Sel de céleri, Poivre, Sauce Worcestershire, Tabasco, Citron. Le Bloody Mary devient plus épicé, plus structuré, plus sérieux.
Un cocktail adulte.

Le nom ? Mystère et joyeux bordel.
Certains parlent de Marie Tudor, reine d’Angleterre surnommée “Bloody Mary” pour sa répression sanglante.
D’autres d’une serveuse prénommée Mary, croisée à Chicago. Ou d’un client un peu trop inspiré. Le Bloody Mary n’a jamais eu besoin d’une histoire bien propre. Il préfère les zones floues.


Le Bloody Mary, c’est une ambiance
Ce n’est pas un cocktail de nuit. C’est un cocktail de lendemain.
Il sent :
le poivre fraîchement moulu, le jus de tomate froid, le céleri croquant, la fatigue encore accrochée aux épaules
Il a une texture, un grain, une mâche presque. On ne le sirote pas, on le boit. C’est le seul cocktail que tu peux accompagner d’un œuf au plat, d’un club sandwich, d’un burger, d’huîtres ou d’un simple bol de frites. Un cocktail qui n’a jamais voulu être chic.
Mais qui est devenu culte.

Le Bloody Mary, c’est le cocktail officiel des, brunchs trop longs, cuisines ouvertes, tables collantes
playlists soul ou jazz en fond, discussions qui démarrent doucement et finissent trop tard. 
C’est un cocktail qui accepte tout le monde autour de la table. Même ceux qui disent “je bois jamais de cocktails”.



Ma recette (simple, efficace, sans bullshit)
Dans un grand verre :
4 cl de vodka
10 cl de jus de tomate bien froid
1 cl de jus de citron jaune
2 à 4 gouttes de sauce Worcestershire
Quelques gouttes de Tabasco (selon ton courage)
1 pincée de sel de céleri
Poivre noir, généreux
Remplis de glace. Remue doucement.
Goûté. Ajuste.

Garniture :
Branche de céleri (classique), ou cornichon, ou olive verte, ou tranche de bacon grillé. Ou rien du tout, et c’est très bien aussi. Le Bloody Mary, c’est toi qui décides.




Mon point de vue (et je l’assume):

Le Bloody Mary n’est pas là pour impressionner. Il est là pour accompagner un moment. C’est un cocktail honnête. Un peu brut. Parfois trop épicé. Jamais lisse. Et dans un monde où tout est calibré, filtré, instagrammé…ça fait du bien.

Le Bloody Mary, ce n’est pas un cocktail de fête. C’est un cocktail de vie réelle. Celui qu’on boit quand le dimanche commence à midi, que le soleil tape un peu trop fort, et qu’on a besoin d’un verre qui parle vrai.




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