L'histoire du cépage Côt



Le Côt, c’est pas un cépage. C’est un caractère. Un peu râpeux au premier contact. Un peu sombre sur les bords.
Mais quand tu prends le temps de le mâcher, il te colle un souvenir plein la bouche.

L’autre jour, un verre de Côt posé devant moi. Pas de fioriture. Pas d’étiquette qui crie. Juste un rouge sombre, presque opaque, comme une nuit sans lampadaire. Je le sens, je goûte. Et là, je me dis : Mais pourquoi on parle si peu de ce cépage ?

Parce que le Côt, on le connaît sous un autre nom. Un nom plus lisse. Plus exportable. Malbec.
Mais ici, dans le Sud-Ouest, il s’appelle Côt. Et ce n’est pas un détail.

Le Côt, c’est un vin qui marche en grosses chaussures. Il n’entre pas sur la pointe des pieds.

Au nez :
la mûre écrasée sur un jean, la prune noire, parfois le cuir, la terre chaude, le poivre et ce petit fond sombre, presque sanguin. 

En bouche, c’est une matière. Pas une idée. Une texture. Ça accroche un peu les gencives quand il est jeune. Ça serre la main franchement. Mais bien travaillé, bien attendu…il devient velours épaisse. Canapé en cuir patiné. Un vin qui ne sourit pas tout de suite, mais qui écoute.

Le Côt, c’est le vin des plats qui mijotent longtemps. Des tables où on parle fort. Des dimanches qui débordent.

Le Côt et son territoire:

Impossible de parler du Côt sans parler de Cahors. Son port d'attache. Son socle. Ici, le cépage a appris la rigueur. Les terrasses du Lot, les sols calcaires, les hivers qui piquent, les étés qui cognent.




Résultat ?

Un vin sombre, droit, structuré. Un vin qui n’a pas peur du silence. Mais le Côt, c’est aussi un voyageur. Il a traversé l'atlantique. En Argentine, il a changé de chemise. Plus solaire. Plus fruité. Moins austère. Même ADN. Deux tempéraments. Un peu comme deux cousins élevés différemment.

Un peu d’histoire (promis, sans être chiant):

Le Côt est un cépage ancien. Très ancien. On retrouve sa trace dès le Moyen Âge, dans le Sud-Ouest de la France. À l’époque, il est déjà cultivé autour de Cahors, mais aussi dans la vallée de la Loire. Son nom varie selon les régions : Côt, Auxerrois, Pressac, Malbec (plus tard). 

Côté génétique, pas de mythe :

le Côt est issu d’un croisement naturel entre le Prunelard (un vieux cépage local) et la Magdeleine Noire des Charentes. Un enfant du pays, donc. Pas une invention de laboratoire. Un cépage façonné par le temps, les hommes, les Climats. Il a connu la gloire, puis l'oubli. Le phylloxéra l’a presque rayé de la carte en France. L’Argentine l’a adopté, sauvé, élevé autrement.

Et aujourd’hui ?

Il revient., plus libre, plus assumé.
Le Côt, je l’aime quand il ne cherche pas à plaire. Quand il ne se maquille pas en confiture boisée. Quand il garde ses angles. C’est un vin qui ne fait pas semblant. Un vin qui ne te flatte pas. Et franchement, dans un monde de vins trop polis, trop lissés, trop marketés, ça fait du bien.

Le Côt ne se cantonne pas à une seule carte d’identité, même s’il a clairement son port d’attache. À Cahors, il est roi : l’appellation impose qu’il représente au minimum 70 % de l’assemblage (et souvent bien plus), donnant des vins sombres, structurés, presque méditatifs. Dans la vallée de la Loire, on le croise sous le nom de Côt, notamment en Touraine et en Anjou, où il se fait plus aérien, plus fruité, parfois croquant, avec une fraîcheur presque insolente. Plus loin, il a pris le large : en Argentine, il devient Malbec et s’exprime à Mendoza, Salta ou en Patagonie, gagnant en rondeur et en solaire sans perdre son âme. On le retrouve aussi, plus discrètement, en Sud-Ouest (Côtes-du-Lot, vins de pays) et à petites touches ailleurs dans le monde. Un même cépage, plusieurs accents, comme un mot qui change de sens selon la bouche qui le prononce.

Le Côt, c’est un vin qui demande un peu de toi, du temps, de l’écoute, de la curiosité. Mais quand tu lui donnes ça, il te rend bien plus qu’un simple arôme. Il te raconte une terre, une histoire cabossée, un caractère bien trempé, simple en apparence,
profond quand tu croques dedans. Et toi, tu l’aimes comment, le Côt ? Encore rugueux…ou déjà dompté ?



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