L'histoire du Screaming Orgasm

La première fois que j’ai entendu “Screaming Orgasm”, c’était dans un bar trop éclairé pour être honnête, un soir où la musique collait aux verres et où personne ne regardait vraiment l’heure.
Un nom qui claque. Un peu vulgaire, un peu drôle. Et surtout : impossible à oublier. Un cocktail qui ne chuchote pas. Je ne vais pas te mentir.
Ce cocktail, je ne l’ai pas commandé pour son équilibre aromatique ou sa place dans l’histoire de la mixologie classique. Je l’ai commandé pour le sourire du barman. Pour la réaction autour du comptoir. Pour ce petit moment de gêne joyeuse, presque adolescente, quand un mot dépasse la bienséance.
Le Screaming Orgasm, c’est ça avant tout : un cocktail qui ne fait pas semblant, qui assume le clin d’œil graveleux et la gourmandise sans filtre.

Flashback : années 80, moquette épaisse et néons fatigués. On est quelque part dans les années 1980.
Là où les bars sentent encore la fumée froide, la laque et les espoirs un peu flous. La vodka coule à flots, la crème aussi. Les cocktails sont sucrés, régressifs, presque indécents.
Le Screaming Orgasm serait né comme une variation plus musclée de l’“Orgasm”, un cocktail déjà connu pour son trio décadent : Kahlúa, amaretto, crème irlandaise. On y ajoute de la vodka. Parce que les années 80 n’étaient pas faites pour la demi-mesure.

Qui l’a inventé ?
Comme souvent : un barman, quelque part, probablement en Amérique du Nord, probablement tard dans la nuit, probablement pour faire rire… avant de faire revenir le client. Ce n’est pas un cocktail d'auteur. C’est un cocktail de comptoir. De rires un peu trop forts. De fin de soirée qui dérape gentiment. Et franchement ? Ça lui va très bien.Dans le verre, visuellement, il ne fait pas semblant non plus.
Une robe beige clair, presque café au lait. Une texture épaisse, enveloppante, presque pâtissière.
Au nez, ça sent : le café sucré du Kahlúa, l’amande douce et nostalgique de l’amaretto, la crème, ronde, rassurante et derrière… l’alcool, qui rappelle que ce n’est pas un dessert pour enfants sages. 
En bouche ? C’est crémeux, gourmand, assumé. Ça glisse tout seul. Et c’est précisément là que réside le danger. Un cocktail qui te caresse avant de te faire vaciller.

La recette (à faire sans ironie). Parce qu’un Screaming Orgasm mérite d’être bien fait, même quand on rigole.
Ingrédients :
3 cl de vodka
3 cl de Kahlúa
3 cl d’amaretto
3 cl de crème irlandaise (type Baileys)
Glaçons

Préparation :
Verse tous les ingrédients dans un shaker rempli de glaçons
Shake franchement, pas timidement
Filtre dans un verre à cocktail ou un verre old fashioned. 
Option bonus : un léger saupoudrage de cacao ou quelques copeaux de chocolat noir. 

À boire lentement. Ou pas. Je ne juge pas. Pourquoi on l’aime (encore)?. 
Le Screaming Orgasm, ce n’est pas un cocktail à la mode. Ce n’est pas un cocktail Instagram-friendly aux herbes improbables. C’est un plaisir coupable, et il ne s’en excuse jamais.
Il me fait penser à : un dessert pris trop tard, un slow un peu kitsch qu’on aime quand même, un film des années 90 qu’on ne revendique pas mais qu’on connaît par cœur. Il nous rappelle que le goût, parfois, n’a pas besoin d’être sérieux pour être sincère. Qu’on a le droit d’aimer le sucre, la crème, l'excès. Qu’on peut aussi boire pour s’amuser, pas seulement pour analyser.

Le Screaming Orgasm ne cherche pas à être élégant. Il cherche à être mémorable. Et quelque part, entre deux gorgées crémeuses et un rire un peu trop fort, il réussit parfaitement sa mission. Santé. Et ne fais pas semblant de ne pas avoir envie d’y goûter.

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