L'histoire de l'Expresso Martini
Il est 23h00. La lumière est basse, la musique un peu trop forte, et quelqu’un, quelque part derrière le bar, fait claquer un shaker comme on réveille une nuit trop sage. Dans le verre : noir profond, mousse fine, trois grains de café posés comme un clin d’œil. L’Espresso Martini arrive. Et tout le monde se tait une demi-seconde.
Je ne sais pas pour toi, mais pour moi l’Espresso Martini, c’est le cocktail des nuits qui refusent de mourir. Pas encore un digestif. Plus vraiment un apéro. Un entre-deux. Un pont suspendu entre la caféine et l’ivresse.
L’histoire (vraie, pas mythifiée)
Retour dans les années 80, Londres.
Pas la carte postale. Le Londres électrique, nocturne, clubbing, néons, DJ qui transpirent, mannequins fatiguées et bars qui ne dorment jamais.
Au départ, il ne s’appelait même pas Espresso Martini. Chez Dick Bradsell, à Londres, on parlait simplement de Vodka Espresso. Le mot Martini n’était pas une recette, mais une silhouette : ce verre conique, élégant, devenu dans les années 90 le costume officiel de tout ce qui se voulait chic, nocturne, un peu sexy. Quand le cocktail a quitté l’ombre des clubs londoniens pour voyager, il a enfilé ce nom comme on enfile une veste bien coupée. Pas parce qu’il contient du vermouth, il n’en a jamais vu la couleur, mais parce qu’il se buvait comme un Martini : froid, net, assumé. Sa célébrité est venue plus tard, par vagues. D’abord les bars branchés, puis les hôtels, puis les cartes du monde entier. Et enfin les réseaux sociaux, bien sûr, avec cette mousse parfaite, noire et crème, photogénique comme un coucher de soleil sur un zinc. Mais s’il est encore là aujourd’hui, ce n’est pas pour son image. C’est parce qu’il répond à un besoin universel : rester éveillé pour continuer à vivre la nuit. Un cocktail qui ne t’accompagne pas vers la sortie, mais qui te murmure à l’oreille : reste encore un peu.
Dick ne rigole pas, il agit. Vodka. Café espresso fraîchement extrait. Sucre. Liqueur de café. Mais l’âme est déjà là : la tension entre le noir du café et la netteté de l’alcool.
Pourquoi ça marche (toujours)
Parce que l’Espresso Martini, ce n’est pas juste bon. C’est sensoriellement malin. Le café apporte l’amertume, la profondeur, la chaleur. La vodka nettoie, tend la ligne, fait place nette. Le sucre arrondit, caresse, rend le tout dangereux. La mousse…Ah la mousse. Cette crème légère, presque insolente, qui te donne envie de plonger le nez dedans avant même de boire
C’est un cocktail texturé, presque tactile. Un cocktail de surface et de fond. Un costume noir bien coupé avec des baskets blanches.
Le moment où je l’aime le plus
Je l’aime après le dessert, quand le café aurait dû suffire… mais non. Je l’aime dans un bar trop sombre. Ou à la maison, un samedi soir, playlist jazz un peu sale, verres pas parfaitement essuyé.
La recette, Classique, droite, efficace
Ingrédients :
4 cl de vodka
3 cl de café espresso fraîchement extrait (important)
2 cl de liqueur de café
1 cl de sirop de sucre (ajuste selon ton goût)
Glaçons
3 grains de café pour le rituel
Préparation :
1. Verse tous les ingrédients dans un shaker rempli de glaçons
2. Shake fort. Vraiment fort. Jusqu’à sentir le froid dans les mains
3. Filtre dans un verre à cocktail bien frais
4. Dépose trois grains de café sur la mousse.
Astuce Ugo :
Un café trop vieux = un cocktail plat.
Un bon espresso = une mousse dense et une claque aromatique.
L’Espresso Martini, ce n’est pas un cocktail à la mode. C’est un survivant.
Il traverse les décennies, les tendances, les bars à concepts et les cartes trop longues. Il ne cherche pas à être cool. Il l'est. Comme ces nuits qu’on n’oublie pas. Comme ce dernier verre qu’on n’aurait pas dû prendre.
Et qu’on reprendra pourtant.
Toi tu le préfères très sec ou un peu gourmand ?
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