L'histoire du cépage Chardonnay

Le Chardonnay, ce caméléon en chemise blanche. 

Le Chardonnay, c’est ce pote discret qui finit toujours par voler la soirée.
Pas le plus bavard. Pas le plus tatoué.
Mais quand tu rentres chez toi, c’est de lui que tu te souviens.

J’écris cette note parce que le Chardonnay est mal compris.
Trop vu, trop bu, trop caricaturé.
“Ah non, moi j’aime pas le Chardonnay, c’est trop boisé.”
Phrase entendue mille fois, souvent entre deux gorgées de rosé tiède.
Sauf que non. Le Chardonnay, ce n’est pas un goût. C’est une matière, un terrain de jeu. Une toile blanche qui prend la couleur de ce qu’on lui donne. Le climat, la main du vigneron.
Le silence ou le bruit du bois.

Un Chardonnay peut sentir :
le beurre noisette qui chante dans la poêle, une pomme coupée en deux sur la table de la cuisine, la craie humide sous les baskets, la brioche encore tiède du dimanche matin
ou le citron pressé sur des huîtres, un soir de vent. 

En bouche, il peut être : tendu comme un fil de funambule, ou large comme un canapé en velours. Il peut te réveiller, ou t'envelopper. C’est un vin de texture. De toucher, un vin qu’on palpe presque.

Le Chardonnay n’est pas né dans un labo climatisé. Des collines douces, de la pierre claire, du temps long.
Pendant longtemps, on ne savait pas vraiment d’où il venait. Et puis en 1999, des chercheurs de l’université de Davis (Californie, oui, ironie délicieuse) ont tranché : le Chardonnay est le fruit d’un croisement naturel entre le Pinot Noir et le Gouais Blanc.

Le Pinot pour la noblesse, la finesse, l’élégance. Le Gouais pour la rusticité, l’énergie, la vigueur paysanne. Un mariage pas glamour sur le papier.
Mais explosif dans le verre.
Pas de “découvreur” officiel donc.
Juste la vigne, le hasard, les siècles, et des paysans qui observent.

Le Chardonnay n’est pas coupable.
Ce sont parfois ceux qui l’ont maquillé à outrance qui le sont.
Trop de bois, trop de maquillage, trop de vanille quand on voulait du regard. Mais quand il est juste, quand il est à sa place…Il devient une évidence. Un vin qui ne cherche pas à séduire. Il est déjà là.

Le Chardonnay, ce n’est pas un style.
C’est un langage. Et selon qui parle,
selon où on est, selon le moment…Il peut te raconter, l'enfance, la pierre, le beurre, la mer, ou juste le plaisir simple d’un verre bien fait. Blanc. Mais jamais vide.

Le Chardonnay, c’est aussi une carte du monde qu’on parcourt verre à la main. En Bourgogne, évidemment, il se fait prince à Chablis, tendu comme une lame de silex, à Meursault, Puligny-Montrachet ou Chassagne-Montrachet, là où il prend des airs de beurre frais et de pierre chaude. En Champagne, il devient colonne vertébrale dans les Blancs de Blancs, surtout à Avize, Cramant ou Le Mesnil-sur-Oger, avec cette élégance crayeuse qui claque comme une chemise bien repassée. Plus au sud, le Mâconnais (Mâcon-Villages, Pouilly-Fuissé) le rend solaire et immédiat. Et puis il voyage : Napa Valley et Sonoma en Californie, Margaret River en Australie, Casablanca au Chili. Même cépage, mille accents. Un vrai polyglotte du goût.

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