Histoires de cocktails : Le Swimming Pool

Le bleu, parfois, ça a le goût des vacances qu’on n’a pas encore prises.
J’ai bu mon premier Swimming Pool un soir où je n’avais rien demandé à personne. Une terrasse un peu kitsch.
Des lumières qui clignotent comme si elles hésitaient entre Ibiza et un mariage en Dordogne.Et ce verre, bleu, crémeux, presque suspect. Le genre de cocktail que les puristes regardent de travers. Le genre de cocktail que moi, j’ai appris à aimer justement pour ça. Le Swimming Pool, c’est une carte postale liquide. Mais pas une carte postale parfaite.Plutôt celle qu’on garde froissée dans un livre, avec du sable encore collé dedans.
Son histoire commence dans les années 70, à une époque où on n’avait pas peur du sucre, ni des couleurs improbables, ni du plaisir frontal.
Direction l'Allemagne, Oui,l’Allemagne.
Pas exactement le premier pays qui te vient en tête quand tu penses “cocktail tropical en maillot de bain”, 
et pourtant.C’est là que Charles Schumann entre en scène.Un barman iconique, élégant, un peu rock, fondateur du célèbre bar Schumann’s à Munich.Un type qui savait secouer un shaker comme d’autres écrivent des poèmes.En 1979, il participe à un concours de cocktails.Il imagine quelque chose de solaire, d’accessible, de joyeux.Il mélange du rhum, de la vodka, de l’ananas, de la coco… et ce fameux bleu électrique.
Le Swimming Pool est né.
Ce cocktail, il est souvent mal aimé.
Trop sucré, trop coloré, trop “vacances de masse”. Mais je crois qu’on passe à côté de quelque chose.
Parce que le Swimming Pool, quand il est bien fait, c’est une texture avant d’être un goût.C’est crémeux, presque enveloppant.Le lait de coco qui tapisse le palais.L’ananas qui arrive comme un rayon de soleil en pleine figure.Le rhum qui murmure derrière, tranquille, pas là pour impressionner.
Et puis cette couleur.Bleu lagon, bleu irréel, bleu qui te fait oublier que t’es peut-être juste sur ton balcon à Toulouse.
Je me souviens d’un été où je n’étais pas parti, pas de mer, pas d’île, pas de carte postale.Juste un ventilateur fatigué et une playlist un peu trop nostalgique.J’ai fait un Swimming Pool, pas pour faire “comme si”. Mais pour voir si un cocktail pouvait vraiment déplacer quelque chose en moi.Spoiler : oui.
La recette (celle qui mérite ton respect):
Pas la version diluée de bar de plage.
La vraie, généreuse, assumée.
3 cl de rhum blanc
3 cl de vodka
6 cl de jus d’ananas frais (si possible… sinon, au moins correct)
3 cl de crème de coco
1 cl de crème liquide
1 cl de curaçao bleu
Glace pilée
Dans un blender ou un shaker (blender pour la texture parfaite), tu balances tout sauf le curaçao.
Tu mixes jusqu’à obtenir une texture lisse, presque milkshake.
Tu verses dans un grand verre.
Puis tu ajoutes doucement le curaçao bleu.
Il descend, il dessine des veines bleutées dans le blanc, c’est déjà un spectacle.Une tranche d’ananas si tu veux jouer le jeu jusqu’au bout.
Ou rien, juste le verre.
Ce que j’aime dans ce cocktail, c’est qu’il ne cherche pas à être cool.
Il est, à sa manière, il n’a pas besoin de storytelling compliqué, de terroir millénaire ou de fermentation naturelle en amphore.Il te dit juste : “Assieds-toi. Respire. Bois.”Et parfois, c’est exactement ce qu’il faut.
Alors oui, le Swimming Pool, c’est un peu kitsch.Mais c’est un kitsch sincère.Et dans un monde qui surjoue le bon goût,ça fait un bien fou. La prochaine fois que tu vois ce bleu improbable,ne détourne pas les yeux, 
plonge. Même si c’est juste pour quelques gorgées.

Commentaires