L'histoire du cépage Syrah
La Syrah, c’est une lumière tamisée.
Un vin qui parle bas, mais qui marque longtemps. Pas un cri. Pas une démonstration. Plutôt un regard appuyé au bout de la table. Je t’écris ça un soir un peu frais. Un de ces soirs où t’as envie de viande grillée, de vin sombre, de musique qui gratte un peu l’âme.
La bouteille était déjà ouverte. La Syrah respirait. Moi aussi. Et je me suis dit : “Putain, ce cépage-là… faut qu’on en parle autrement.”
Pas avec des fiches techniques. Pas avec des degrés d’alcool et des rendements à l'hectare. Mais avec le ventre. Avec les souvenirs. Avec la bouche qui salive avant même la première gorgée. La Syrah, c’est pas un vin. C’est une ambiance. C’est la nuit qui tombe sur une colline du Rhône. Le vent qui siffle entre les murets en pierres sèches. Les mains froides du vigneron, tachées de noir.
Dans le verre, ça sent souvent :
le poivre fraîchement moulu, l’olive noire écrasée du bout des doigts, la violette fanée, le lard fumé qui crépite trop près du feu. Un vin qui ne sourit pas tout de suite. Il te regarde d'abord. Puis il s'ouvre. Et là, c’est profond. Texturé. Sombre mais jamais triste. La Syrah, c’est un vin de relief. De verticalité. Un vin qui monte plus qu’il ne s’étale.
Je me souviens de ma première vraie claque. Pas une Syrah bodybuildée, gonflée au bois neuf. Non. Une Côte-Rôtie bue trop jeune, dans un bistrot mal éclairé, avec un plat qui n’avait rien demandé à personne. Le vin sentait le froid. La pierre humide. La viande crue. J’ai trouvé ça étrange. Presque dérangeant. Et puis… deux minutes plus tard…je n’arrivais plus à penser à autre chose.
La Syrah, c’est souvent ça : un vin qui te rattrape après. Un cépage qui a longtemps menti sur son passeport
Pendant des années, on a raconté tout et n’importe quoi sur la Syrah.
Qu’elle venait de Shiraz, en Iran.
Qu’elle avait traversé les mers, les empires, les croisades. Une légende orientale, romantique, un peu fumeuse. Ça sonnait bien. Mais c’était faux. La vérité est moins exotique…et beaucoup plus belle.
En 1998, une ampélographe américaine, Carole Meredith, met fin au mythe grâce à l’ADN. La Syrah est en réalité le fruit d’un croisement naturel entre : la Dureza (un vieux cépage noir d’Ardèche, aujourd’hui quasi disparu), la Mondeuse Blanche, cépage savoyard, montagnard, discret. Un enfant du Rhône. Des Alpes. Du vent et du froid. Pas un vin de palais. Un vin de pente. Personne ne l’a “inventée”. Elle est née là, tranquillement, probablement au Moyen Âge, d’un hasard de la nature.
Comme souvent, les plus grands trucs viennent du hasard. La Syrah, selon l’endroit où elle pose ses valises. Et c’est ça qui la rend fascinante.
Dans le Nord du Rhône, elle est droite comme une cathédrale : poivre, violette, tension, silence.
À Cornas, elle est sauvage, presque animale. À Saint-Joseph, elle murmure. À Côte-Rôtie, elle danse avec un peu de Viognier, robe noire et parfum clair. Plus au sud, elle devient solaire. Plus charnue. Plus bavarde.
Et quand elle part voyager, Australie, Afrique du Sud, Chili, elle change de costume. Elle devient plus mûre. Plus confiture. Parfois excessive. Mais au fond…tu la reconnais toujours. Ce poivre. Cette colonne vertébrale.
Mon avis ?
La Syrah, c’est un vin d’adulte. Pas sérieux. Mais adulte. Un vin qui aime les silences autant que les grandes tablées. Un vin qui accompagne mieux une discussion profonde qu’un apéro bruyant. Un vin que tu bois quand t’as compris que tout n’a pas besoin d’être aimable. La Syrah ne cherche pas à plaire. Elle cherche à être juste. Et c’est pour ça qu’on y revient toujours.
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